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Généalogie

Analyse transgénérationnelle

F comme Femmes de mon arbre : celles qui travaillent sans reconnaissance

Cet article est différent des précédents car je souhaite y rendre hommage au travail des femmes, en particulier à celles de mon arbre généalogique. Car si l'on entend souvent dire que les femmes ne travaillaient pas avant le XXème siècle pour des raisons économiques, les documents d’archives montrent le contraire : elles ont toujours eu une activité professionnelle !

Elever un enfant et s’occuper de son foyer est déjà un travail en soi. Et, sans aucunement minimiser ce que cela implique aujourd’hui, c’était d’autant plus fastidieux avant l’époque contemporaine et ses améliorations du quotidien avec les couches culottes jetables, les plats à faire réchauffer quand on est trop fatigué pour cuisiner, les médicaments pour soigner son enfant, l’électroménager qui simplifie les tâches, l’eau courante, etc.

Autrefois, tous les bras comptent et la femme de condition modeste gère à la fois sa famille, ses corvées quotidiennes et le gagne-pain nécessaire pour nourrir la maisonnée. Dans la bourgeoisie et la noblesse, l’épouse tient les comptes, reçoit, gère dans l’ombre. En règle générale c’est le nom du mari qui est mis en avant car c’est lui qui administre biens et revenus, comme vu à la lettre C : elle dépend donc de lui, même si elle travaille.

Évolution de la loi

En France, c’est seulement en 1907 que les femmes mariées sont autorisées à disposer de leur propre salaire, grâce à la loi Schmahl. Mais la gestion du compte en banque est toujours assurée par leur mari…

En 1938, la loi supprime l’incapacité civile de la femme mariée, qui n’est plus juridiquement assimilée à une mineure !

Ce n’est qu’en 1944 qu’elle obtient le droit de vote, et en 1965 qu’elle peut exercer une profession et ouvrir un compte sans l’accord de son mari.

Et il faut attendre 1982 pour que l’épouse d’un artisan, qui l’aide dans l’entreprise, obtienne un statut propre, donc des droits à la retraite.

Des avancées importantes, totalement intégrées à nos vies de femmes modernes, qui sont à mettre en parallèle avec la vie de nos aïeules. C’est ce que j’ai fait en explorant mon arbre généalogique sur les trois générations qui m’ont précédées.

Sept figures féminines de ma lignée

Au début du XXe siècle, Madeleine, mon arrière-grand-mère centrafricaine (nous sommes du temps des colonies de l’AEF – Afrique Equatoriale Française), est la compagne d’un chef de village. Mais elles sont au moins dix femmes à partager cette place ! On ne peut qu’imaginer le labeur pour élever ses neuf enfants, tout en partageant les tâches de la communauté. Et même si c’est avec elle qu’il a eu le plus d’enfants, signe d’une place importante à ses côtés, elle dépend totalement du bon vouloir de son compagnon.

Sa fille Martine, ma grand-mère maternelle, est attachée au service d’un administrateur des colonies, de qui elle aura un enfant. Elle gère l’entretien de sa maison, de ses repas, etc. Elle meurt prématurément en protégeant d’une attaque de panthère noire, sa fille et mon grand-père, handicapé par une jambe en bois séquelle d’une blessure de la guerre 14-18.

Marie-Joseph, mon autre arrière-grand-mère nordiste côté maternel, est rentière en 1891. Vous avez lu son histoire dans « C comme Contrat de mariage » : elle finit sa vie ruinée, en se louant comme journalière.

Pauline, mon arrière-grand-mère creusoise, côté paternel, monte à Paris vers 1900 pour gagner sa vie. Elle se marie et a quatre enfants dont trois survivront, parmi lesquels des jumeaux. Quand son mari alcoolique devient défaillant, elle reprend son métier de couturière pour nourrir sa famille.

Thérèse, mon autre arrière-grand-mère paternelle, bourgeoise, est femme d’entrepreneur. À la mort prématurée de son époux, elle hérite de la gérance de l’entreprise, mais reste soumise à son beau-père. Elle ne sourit jamais sur les photos.

Sa fille Cécile, ma grand-mère paternelle, élève quatre enfants tout en gérant l’administratif de l’entreprise familiale. Epouse d’artisan, elle touche une petite retraite dont le montant ne reflète pas du tout le travail qu’elle a fourni.

Et enfin ma mère, Paule, dont l’époux s’absente fréquemment pour son travail, élève quatre enfants très rapprochés en âge, tout en menant des activités bénévoles où elle assume des responsabilités importantes au niveau départemental, régional et national, pour lesquelles elle est au mieux défrayé.

Ce que le génosociogramme raconte

Ces sept femmes travaillent, toutes. Mais leur travail est peu payé, ou n’est pas reconnu à sa juste valeur. Elles dépendent toutes financièrement de leur compagnon, exceptée Marie-Joseph. Et quand l’indépendance arrive, c’est par défaut : un mari défaillant ou un patrimoine perdu.

Chez une descendante, le message transmis en creux pourrait être : « une femme travaille pour sa famille, pas pour elle », « on ne devient indépendante que si l’homme meurt ou est défaillant », « la ruine est la conséquence de l’indépendance ». Et cette descendante, c’est moi : seule arrière-petite-fille, seule petite-fille et seule fille au bout de ces 2 lignées !

L’analyse transgénérationnelle m’a ainsi permis de prendre conscience de cette transmission, d’oser enfin quitter mon ancienne activité professionnelle pour créer mon entreprise, et me libérer de ces liens. Car dans la droite ligne des femmes de mon arbre, j’ai moi aussi travaillé vingt ans aux côtés de mon époux, dans son entreprise, dépendant donc totalement de lui financièrement… Mais également de prendre conscience que malgré tout, ces sept femmes sont également ma ressource en pugnacité et résilience face à l’adversité.

Et pour la première fois dans cet arbre, l’indépendance professionnelle d’une femme n’est plus une conséquence mais un choix assumé.

Merci à ces sept femmes extraordinaires pour la force qu’elles m’ont insufflée par leur engagement total dans leurs actions, quelles qu’en soient les difficultés et les conséquences, qui me permet d’être celle que je suis aujourd’hui.

Et dans votre arbre, les femmes ont-elles également travaillé ? Leur activité a-t-elle été valorisée par leur entourage ? Avez-vous identifié qui est votre ressource ?