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Généalogie
Analyse transgénérationnelle
E comme Enfant de remplacement: quand un prénom se répète dans l'arbre

E comme Enfant de remplacement : quand un prénom se répète dans l’arbre
L’arrivée d’un enfant est une joie, si elle n’est pas précédée d’un évènement traumatique pour la famille.
Les répétitions dans l’arbre
En retraçant un arbre généalogique, il n’est pas rare de retrouver sur une même branche des personnes portant le même prénom, ou bien dont la date de naissance correspond à la date de décès d’une des personnes de la lignée. Là où cela devient troublant, c’est lorsqu’un enfant porte le même prénom que celui qui le précède dans la fratrie, ou bien celui d’un autre membre de la famille, décédé avant sa naissance.
Dans l’article « C comme Contrat de mariage », Marie-Joseph, est mentionnée comme veuve sans enfants lors de son mariage avec Henri. En recherchant son premier mariage, je découvre qu’elle en a pourtant mis trois au monde, tous morts en bas âge : le premier à presque 7 mois, le deuxième à 7 jours et le dernier, un garçon, mort-né. Fait troublant, les deux premiers portent les mêmes prénoms : Georges Armand Joseph. On peut supposer que si le dernier avait vécu, il aurait porté la même identité…
Le fils qu’elle aura ensuite avec Henri, son seul enfant survivant se nommera simplement Paul, comme pour conjurer le mauvais sort. Lui vivra une vie bien remplie et décédera l’année de ses 77 ans. On peut se demander quelles conséquences ont eues les trois précédents deuils d’enfants non faits de sa mère sur ses choix de vie, qui le mèneront à devenir notamment percepteur, administrateur des colonies en AEF et Francs-maçons, après avoir vécu la guerre 14/18 où il a perdu une jambe. Comme un besoin de bouger, de prouver que lui est bien vivant !

Car donner à son enfant l’identité de celui ou celle qui est décédé juste avant sa naissance peut révéler que le deuil n’a pas été fait, et lui en faire porter le poids. De même s’il naît le jour anniversaire de la naissance ou du décès du disparu, ou s’il est conçu, comme substitut - « si tu ne t’en remets pas, il faudrait peut-être que tu aies un autre enfant… ? » -, il devient ce que l’on appelle un enfant de remplacement.
Qu’il ait connaissance ou non de l’existence de son prédécesseur, celle-ci peut peser sur lui car il ne peut ni le remplacer, ni vivre sa propre vie. Et il peut alors sentir tout le poids des attentes de ses parents sur ses épaules, dans une comparaison constante, pas forcément consciente, avec le disparu. Avec une question majeure en suspens : « serais-je là sans la mort du précédent ?». Sous-entendu : « j’ai une dette envers lui : celle de vivre ».
Deux enfants de remplacements célèbres, 2 visions de la vie différente.
Salvador Dalí, peintre espagnol mondialement connu, est né 9 mois et 10 jours après le décès de son frère, également prénommé Salvador. Outre son prénom, il hérite de ses habits, de ses jouets et de sa chambre.

Ses parents jamais remis du décès de leur aîné, l’amène sur sa tombe ce qui le trouble profondément, à la lecture de cette identité identique à la sienne sur le tombeau. Il écrit par la suite : « Toutes mes excentricités, toutes mes incohérences sont la constante tragique de ma vie [.] Je veux prouver que je ne suis pas le frère mort, mais le vivant ». On comprend mieux ici son comportement théâtral et extravagant : une marque de fabrique qui est en fait un véritable hymne à la vie !
Il conclut lui-même : « Grâce à ce jeu constant de tuer par mes excentricités la mémoire de ce frère mort, j’ai réussi le mythe sublime de Castor et Pollux, un frère mort et un autre immortel ».
Autre enfant de remplacement, autre destin, celui de Vincent Van Gogh qui naît un an jour pour jour après le décès de son frère, mort-né et dont il reprend le prénom. Fait exceptionnel pour l’époque, sa mère a réussi à obtenir qu’une sépulture soit donnée à son enfant. Conséquence : Van Gogh passe tous ses anniversaires au cimetière, à regarder lui aussi une tombe où s’inscrit son nom…

Contrairement à Dalí qui met de l’exubérance dans sa vie, pour exister aux yeux de ses parents, lui développe un profond sentiment de culpabilité. On dit de lui qu’il est un enfant étrange, parfois très agressif, sans joie de vivre. Et c’est dans sa peinture qu’il tente de déverser le bouillonnement de vie qu’il a malgré tout au fond de lui, cet éclat de lumière qu’il va chercher en Provence. Peu de temps après la naissance de son neveu, fils de son frère Théo et prénommé Vincent comme lui, il mettra fin à ses jours, comme s’il n’y avait pas de place pour deux Vincent Van Gogh dans la famille.
Dans un arbre, un prénom qui revient n’est pas toujours un hommage : il peut aussi signaler un deuil resté en suspens. À vous de relever les indices : un prénom repris, une naissance quelques mois après un décès, une date anniversaire qui se répète.
Dalí en a fait un théâtre personnel, Van Gogh une œuvre, Paul un mouvement permanent. Et chacun a cherché sa manière de répondre à la même question : « ai-je le droit d’être moi ?»
Et dans votre arbre, quel prénom revient ? Qui a-t-il remplacé ?