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Généalogie

Analyse transgénérationnelle

D comme Décès : retrouver l’acte, entendre le silence

Ou comment la perte d'un membre de la famille impacte la structure émotionnelle des générations suivantes.

Les décès font partie des évènements auxquels nous sommes tous confrontés plus ou moins tôt. Ils sont enregistrés administrativement par un acte d’état civil qui, selon la période, n’est pas forcément évident à retrouver.

Retrouver l’acte

Si la mention de la date et du lieu de décès figure en marge des actes de naissance contemporains, elle n’est devenue obligatoire que depuis l’ordonnance du 29 mars 1945 ! On la voit parfois sur des actes antérieurs, mais c’est alors au bon vouloir de la personne qui tient les registres et surtout de sa connaissance du décès. Ce qui est rarement le cas si la personne est morte loin de son lieu de naissance. Avec près de 35 000 communes en France à ce jour, et bien plus autrefois, sans compter un acte qui peut ne pas être nominatif si le défunt n’avait sur lui aucun document permettant de l’identifier, on s’imagine le travail à mener…

Si aucune mention n’est inscrite sur l’acte de naissance, le généalogiste vérifie si la famille dispose d’informations utiles à sa prospection : récit familial, faire-part de décès, lieu de sépulture connu, photos post mortem annotées, … Il oriente ensuite ses recherches vers les tables décennales, établies depuis 1792, qui répertorient alphabétiquement tous les actes d’état civil d’une même commune, par périodes de 10 ans, en commençant par le lieu de naissance.  Si cela ne donne rien, et selon les informations à sa disposition, il regarde les mêmes documents dans les communes alentour : lieu d’inhumation, résidence des enfants et de la belle-famille, lieux d’habitations ou de propriétés connus,  villes et villages de proximité où l’on peut retrouver un établissement de santé, un hospice ou même une prison.

De quoi est-il mort ?

Il y a cependant une question à laquelle il sera plus ardu de répondre : de quoi est décédé mon aïeul ? Car si le récit familial n’en fait pas état (« on ne parle pas des morts chez nous ! »), vous n’en retrouverez aucune mention sur son acte d’état civil, sauf cas très exceptionnel, toujours selon l’envie du transcripteur... Alors comment savoir ? Une piste méconnue : la lecture des journaux de l’époque (j’y reviendrais prochainement), où l’on trouve bien plus d’informations qu’on ne le croit.

Autre piste, selon la richesse de leur fonds, les archives municipales et départementales peuvent également conserver des registres d’hôpitaux ou d’hospices, voire des certificats de décès, uniquement consultables sur place. Mais cela ne vaut, naturellement, que pour une partie des XIXe et XXe siècles.

Après le décès, le deuil

La période de deuil se déroule en plusieurs étapes :  le choc, le déni, la colère, le marchandage, la tristesse, la résignation et l’acceptation. Quand une personne se retrouve bloquée à l’une des étapes, sans pouvoir passer à la suivante, on parle de deuil gelé.

Car un deuil qui n’a pu se faire ne disparait pas : il peut alors se transmettre en silence. Et c’est là que l’analyste transgénérationnel intervient pour comprendre ce qui s’est passé et comment cela a pu impacter l’inconscient de son client ou de sa cliente.

Deux décès, deux deuils, et leurs conséquences

Reprenons le génosociogramme imaginaire de Laurent MARTIN, pris en exemple dans l’article « A comme Arbre ». Il est ici retranscrit informatiquement pour plus de lisibilité.

Le décès de Germaine DELAC, le 11 octobre 1913, le jour même où elle accouche de sa fille Monique, laisse peu de doute sur sa cause.

Son mari, Laurent MARTIN (arrière-grand-père-paternel) a 23 ans. Il ne se remarie qu’en 1919, après-guerre. Monique a pu grandir avec cette idée : « je suis née, mon père est parti à la guerre et ma mère est morte ». Une culpabilité d’exister peut alors se transmettre, comme si la vie avait un prix.

Par la suite, Marie CASTENA meurt le 17 septembre 1950, après avoir mis au monde sa fille Hélène, née le 9 septembre. L’écart de huit jours entre les deux dates suggère une complication après l’accouchement, hypothèse que seul le récit familial ou un dossier médical peut confirmer.

Son mari, Jean DUBOIS, veuf à 26 ans, se remarie en 1952 et a de nouveaux enfants. Hélène grandit avec ses demi-frères et sœurs, sans souvenir de sa mère. Si personne ne lui en parle, elle n’aura ni image ni histoire à pleurer : or, un deuil sans objet est un deuil qu’on ne peut pas faire. Elle pourrait alors porter et transmettre une peur de perdre ceux qu’elle aime, ou un besoin de les protéger à l’excès.

Et ce double deuil de femmes décédées après la mise au monde de leur enfant peut devenir, chez une descendante, une peur inconsciente de la grossesse ou de l’accouchement, comme si donner la vie, c’est risquer de mourir ou de perdre sa famille. Dans les cas extrêmes, cela peut mener jusqu’à une infertilité inexpliquée au niveau médical.

 

Ainsi l’acte de décès donne le point de départ d’une période de deuil qui, selon la façon où il est vécu, peut entraîner des répercussions sur les générations suivantes.

Avez-vous déjà relevé dans votre arbre un décès suivi d’un silence ? Ou bien une répétition d’évènements dramatiques identiques ?